Le poison au palais
Il est impossible de parler d'Anderlecht cette semaine sans commencer aux grilles du château de Marc Coucke. Une banderole, accrochée par des supporters, a délivré un message qui ne laisse aucune place à l'interprétation : « Sois noble et casse-toi » (1). Simultanément, des graffitis « Coucke Buiten » sont apparus au Lotto Park et à Neerpede, le centre d'entraînement censé symboliser l'avenir moderne du club (3) (15). Le club les a effacés en moins de 24 heures (12). Mais le symbole s'est déjà figé. Ce n'est plus un grognement dans les tribunes ou un post anonyme sur un forum. C'est organisé, public et profondément personnel. Quand les supporters contournent le stade et ciblent directement la résidence privée d'un homme, la relation a franchi un seuil dont on revient rarement.
Le timing ne pourrait être plus fragile. Anderlecht aborde l'été sans entraîneur principal, sans deux défenseurs centraux qu'ils viennent de libérer, et avec un public qui considère le propriétaire comme un obstacle actif plutôt qu'un gardien du temple. La déroute 5–1 contre l'Union résonne encore (12). Quatrième place dans un championnat de 16 équipes, différence de buts négative, une saison qui ne s'est pas achevée par une poussée mais par un effondrement. La victoire en Coupe de Belgique contre Zulte Waregem, un bel après-midi, ressemble déjà à une photo d'une autre époque.
La recherche d'un architecte
C'est dans ce vide qu'est intervenu le CEO Kenneth Bornauw. Lors de la présentation du maillot Adidas, un événement conçu pour l'optimisme et le renouveau commercial, il a été contraint d'aborder la recherche d'un coach plutôt que les trois bandes. « Avec deux d'entre eux, nous avons déjà eu des entretiens approfondis », a déclaré Bornauw, confirmant que le club vise une nomination le 20 juin (10) (14). Cela nous laisse treize jours.
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Antoine Sibierski, le directeur technique, n'a pas attendu. Moussa Diarra et Mathys Angély, tous deux prêtés, ne verront pas leurs options levées (6). Le club veut deux nouveaux défenseurs centraux (8). Jusqu'à 20 millions d'euros ont été alloués pour quatre postes prioritaires (10). C'est une action décisive, mais elle comporte un risque évident : Sibierski construit un effectif qu'un entraîneur pas encore embauché héritera. L'alignement entre le directeur technique et le futur manager relève actuellement d'un acte de foi, pas d'un plan.
Les jeunes tiennent toujours la route
S'il existe un contre-récit, il réside dans le centre de formation. Seghers, le gardien, a joué la finale du Championnat d'Europe U17 avec la Belgique samedi et est annoncé comme le futur numéro un d'Anderlecht (4) (11). Cedric Hatenboer revient de Telstar après avoir refusé l'intérêt d'Utrecht et de Twente, déterminé à s'imposer à Bruxelles (7) (20). Et Nathan De Cat, 17 ans, qui attire l'attention extérieure, a reçu un conseil tranchant de Jan Mulder : « Reste et étudie encore un an » (14). Que De Cat suive ce conseil sera un premier test de la capacité d'Anderlecht à convaincre ses plus brillants espoirs que le projet mérite leur patience.
Le noir et l'or coulent profondément ici. L'équipe féminine a remporté la Coupe de Belgique avec une victoire 3-0 contre Zulte Waregem, le coup franc de Luna Vanzeir devenant un moment viral sur les réseaux sociaux. Romelu Lukaku a été aperçu au tournoi des jeunes du club, regardant son fils Romeo jouer avec les U8. Ce sont les fils qui maintiennent un club debout quand le tissu institutionnel s'effiloche.
De l'argent en marge
Un pactole potentiel se profile loin des projecteurs. Ismael Saibari, ancien d'Anderlecht, est lié au Bayern Munich, et le club bruxellois détient une clause de revente qui lui rapporterait un pourcentage de tout montant de transfert (15). Dans un été où chaque euro doit être dépensé avec précision, c'est le genre d'opération qui pourrait discrètement modifier le bilan. Parallèlement, Anderlecht était à la table avec Club Bruges, Antwerp, Genk, l'Union et Gand pour un sommet sur l'avenir du football belge, où une voix a tranché : « La guerre des enchères financières pour les jeunes joueurs est complètement hors de contrôle » (6) (10). Une réforme structurelle est en discussion. Anderlecht tente de reconstruire sa maison pendant que les urbanistes se disputent le code de la construction.
La semaine à venir
Le 20 juin. Voilà la date. Avant qu'un seul transfert ne puisse être finalisé avec conviction, avant qu'un seul système tactique ne puisse être esquissé, avant que l'effectif ne puisse regarder le banc et savoir qui les mènera, un entraîneur doit être nommé. Treize jours. Le calendrier européen est déjà fixé, avec Anderlecht et Gand qui entrent tôt dans les qualifications de la Ligue des Champions (17). Le club qui a nettoyé les graffitis sur ses propres murs cette semaine doit maintenant peindre un tableau cohérent de son avenir. Rien de moins ne satisfera un public qui a perdu patience et n'a plus d'endroit où accrocher des banderoles.